Huguette BELLO - Présidente du Conseil Régional de la Réunion.wav

Votre Excellence, Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, Monsieur le Secrétaire Général de la Commission de l'Océan Indien, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Président du Syndicat des Industriels de Madagascar, Mesdames et Messieurs les acteurs économiques, Mesdames et Messieurs, vous le savez, l'océan Indien est bien plus qu'une étendue d'eau qui relie nos terres.

C'est un berceau de civilisation, une source de vie et d'espoir, un espace de richesse infinie. Il murmure les récits de nos ancêtres, transporte nos marchandises et nourrit nos peuples. Aujourd'hui, il incarne notre avenir commun.

L'océan Indien est le plus petit des océans en superficie, mais sans doute, comme l'histoire le montre, le plus convoité au carrefour de multiples enjeux stratégiques. C'est un grand honneur d'être la marraine du CEO Summit 2024. Cet événement de haut niveau offre une occasion unique d'aligner nos stratégies, d'approfondir nos partenariats et d'explorer de nouvelles perspectives de collaboration internationale entre les secteurs privés des pays voisins.

Je voudrais respectueusement saluer M. Andri Rajolin, le Président de la République de Madagascar. Votre présence témoigne de toute l'importance que vous accordez à cette manifestation.

Votre Excellence, Monsieur le Président, c'est vous qui présiderez en 2025 la puissante SADEC, Communauté de Développement de l'Afrique australe. Cette même année, Madagascar sera la capitale politique de la région, accueillant à la fois le 45e Sommet des chefs d'État et de gouvernement de la SADEC et le 5e Sommet de la Commission de l'Océan Indien.

Je salue Edgar Razafindra — pardonnez-moi si j'écorche son nom —, ancien ministre malgache et nouveau secrétaire général de la Commission de l'Océan Indien. La Réunion se réjouit de cette reconnaissance de Madagascar, terre-mère pour de nombreux Réunionnais. Je n'oublie jamais que parmi ceux qui ont peuplé la Réunion dès le XVIIe siècle, nombreux étaient ceux qui venaient de Madagascar.

Leurs influences dans la construction de la société réunionnaise perdurent jusqu'à aujourd'hui. Nos liens culturels et historiques, conjugués à notre proximité géographique, demeurent étroits et indéfectibles malgré les vicissitudes de l'histoire. C'est pourquoi la région Réunion, que j'ai l'honneur de présider, a fait de Madagascar la priorité de sa politique de co-développement régional, fondée sur des valeurs de solidarité, de respect et de dignité.

Ce choix du cœur est aussi celui de la raison. Madagascar et la Réunion sont complémentaires : nous sommes une petite île, vous êtes un pays-continent. Vous disposez d'espace et de ressources naturelles que nous n'avons pas, et vous devez relever les défis du développement pour une population qui atteint aujourd'hui près de 30 millions d'habitants, qui en comptera 50 millions en 2050, et bientôt 100 millions. À la Réunion, nous pouvons mettre à votre disposition notre potentiel de coopération dans les domaines de la formation, de l'encadrement technique, de la recherche et de l'innovation.

Faisons donc jouer nos complémentarités et structurons notre partenariat dans un grand projet de co-développement. Madagascar, c'est à la fois une part de l'Afrique et une part de l'Asie. Cette double identité lui confère une place naturelle et singulière dans l'Indiane-Océanie.

Les défis ne manquent pas : changement climatique, question centrale de l'énergie, mondialisation de l'économie, bouleversements démographiques, durabilité des ressources marines, sécurité alimentaire, inégalités économiques et sociales, évolutions technologiques rapides — tous nécessitent une vision commune pour faire fructifier nos échanges au service du développement. C'est précisément pour cela que ce sommet revêt aujourd'hui une importance majeure. J'ai l'honneur de conduire ici une importante délégation d'entrepreneurs et d'acteurs économiques de la Réunion.

Il est réconfortant pour des responsables politiques de voir le secteur privé s'engager. Car c'est vous qui, par vos initiatives, la mobilisation de vos capitaux et les risques que vous prenez, créez des richesses et des emplois, portant ainsi le développement de nos terres. Notre rôle, en tant que responsables politiques, est de créer les conditions optimales pour que les entreprises puissent être les plus compétitives possible, tout en maintenant les équilibres sociaux et en faisant reculer les inégalités et la misère.

Développer et structurer l'Indiane-Océanie n'est pas chose aisée. Force est de reconnaître que malgré de nombreux efforts, de multiples tentatives et de fortes déclarations, nos échanges régionaux marquent le pas. Depuis des décennies, au sein de la Commission de l'Océan Indien, la part du commerce régional dans les échanges totaux stagne autour de 6 % en moyenne, alors que les échanges intra-européens dépassent 70 %.

La COI n'est pas une exception : la part des échanges inter-régionaux dans les communautés économiques du Sud reste partout modeste. L'insularité, l'isolement et l'éloignement de nos pays des grands pôles d'échanges mondiaux y contribuent. Les séquelles de la colonisation nous ont assigné le rôle de fournisseurs de matières premières agricoles et minières pour nos métropoles, et de débouchés pour leurs produits manufacturés.

Ces siècles de domination de l'hémisphère nord et de l'Occident ne sont pas que des vestiges : leurs empreintes freinent encore le développement des pays du Sud. L'hémisphère sud, qui donne tant à l'hémisphère nord qui nous emprunte tellement, a fort à faire. Nos échanges, orientés sud-nord plutôt que sud-sud avec nos voisins, reflètent des économies plus concurrentes que complémentaires, produisant des biens similaires.

Des obstacles tarifaires et non tarifaires entravent encore le développement des échanges. Notre appartenance à différentes zones de libre-échange, nos statuts différenciés et nos accords commerciaux bilatéraux complexifient la situation. Nous devons nous battre pour surmonter ces obstacles en approfondissant la constitution de la zone de libre-échange continentale africaine, qui vise à réunir les 55 États du continent. Nous devons utiliser les possibilités offertes aux pays comme Madagascar et le Paraguay par la loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique pour accéder au marché des Amériques, tout en négociant au mieux les accords de partenariat économique avec l'Union européenne. J'entends vos préoccupations concernant les normes européennes qui entravent le commerce avec la Réunion. Comment expliquer que l'ail et l'oignon chinois échappent à ces normes, tandis que les produits malgaches y sont soumis ?

De par son statut de région européenne située dans le bassin indo-océanique, la Réunion occupe une place singulière et joue un rôle spécifique dans l'organisation de ces échanges. La connectivité interrégionale reste insuffisante : si la continuité numérique est satisfaisante, les liaisons aériennes et maritimes demeurent trop irrégulières, coûteuses et inégales.

Nous devons réfléchir à une meilleure coordination de nos compagnies aériennes et créer une compagnie maritime régionale. Ne comptons plus seulement sur Mers ou CMA CGM : nous sommes des pays de l'hémisphère sud dotés de ressources extraordinaires. Il est temps de nous concerter et de mutualiser nos efforts. La récente réunion de travail à Madagascar constitue une excellente initiative pour une compagnie maritime régionale.